Robin Hammond

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Nyatwa, 2012 ∏ Robin Hammond-NOOR pour la Fondation Carmignac

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Bulawayo, 2012 ∏ Robin Hammond-NOOR pour la Fondation Carmignac

Ancienne colonie britannique, le Zimbabwe est un pays d’Afrique de 13 millions d’habitants. En 1980, Robert Mugabe remportait les premières élections post-coloniales et marquait alors l’accès au pouvoir d’un régime toujours en vigueur. Pendant les 10 premières années de son gouvernement, la majorité des citoyens a pu bénéficier d’un accès grandement amélioré à la santé et à l’éducation, mais la dernière décennie a fait basculer cette conjecture favorable et a plongé le Zimbabwe dans une crise politique et économique.

Robin Hammond – Your wounds will be named silence

« J’ai visité Harare pour la première fois en 2007 dans le cadre de mon travail de photojournaliste. Fin 2008, après quatre missions particulièrement difficiles, ajoutées à la crise économique, la pauvreté saisissante et les violences politiques dans le pays, j’ai terminé l’année émotionnellement et physiquement épuisé. Pourquoi ? C’était une situation sans espoir. L’économie nationale implosait littéralement, entraînant dans sa chute des millions de personnes de plus en plus pauvres, alors que les dirigeants du pays s’envolaient à l’autre bout de la planète pour faire du shopping. De nombreux Zimbabwéens se sentaient eux aussi désemparés, d’ailleurs des centaines de milliers d’entre eux avaient déjà quitté le pays pour l’Afrique du Sud. J’en ai moi-même aidé quelques-uns à s’échapper. Je comprenais très bien pourquoi ils voulaient partir, moi non plus je ne voulais pas rester là.

L’année 2008 fut également marquée par la victoire du MDC (Mouvement pour le changement démocratique), le parti d’opposition zimbabwéen, lors du premier tour des élections. En représailles, ses partisans furent tabassés, assassinés et torturés jusqu’à ce que le parti abdique et se retire. Cette même année, Robert Mugabe écartait d’un revers de sa main manucurée les rumeurs d’épidémie de choléra dans son pays opprimé alors que peu de temps avant, j’avais photographié furtivement un dispensaire regorgeant de malades à demi conscients atteints de la maladie. Les hommes qui s’élevaient contre le gouvernement étaient assassinés, des enfants mouraient à cause de la pénurie d’antibiotiques dans les hôpitaux…

Fin 2008, j’avais vu un nombre incalculable de corps enterrés et de coeurs brisés. Après deux ans de va-et-vient dans le pays, j’étais totalement désespéré. Pourtant, je n’ai eu qu’un aperçu de ce qu’une génération entière de Zimbabwéens a enduré. Je ne voulais pas revenir, alors j’ai décidé de me concentrer sur d’autres projets en Asie et dans d’autres zones d’Afrique. Mais d’une certaine manière, le Zimbabwe finit toujours par vous rattraper.

C’est ainsi qu’en 2009, je me retrouvais de nouveau à traverser la frontière d’un pays sur lequel j’avais cessé de travailler. J’ai conduit de l’Afrique du Sud jusqu’à la frontière, et en l’espace de 24 heures, j’étais devenu l’un des premiers journalistes à pénétrer dans les champs de diamants de Marange depuis les massacres de 2008. J’y ai photographié des consortiums militaires en pleine extraction de diamants, violant délibérément le processus de Kimberley. Ce fut l’une des missions les plus dangereuses de ma vie. Mais ce reportage a permis d’attirer l’attention du monde entier et a remporté le prix d’Amnesty International. Les preuves matérielles réunies ont été soumises aux Nations Unies et ont permis d’attester les violences atroces commises par le régime de Robert Mugabe dans sa quête incessante des diamants de sang.

Après ce reportage, j’ai eu le sentiment que je devais quitter un moment ce pays pour travailler sur d’autres projets autour du monde. Mais le Zimbabwe ne m’a jamais quitté bien longtemps. En octobre 2011, lors d’une mission dans Khayelitsha, l’une des plus grandes villes d’Afrique du Sud, j’ai reçu un appel d’Édouard Carmignac. On m’avait décerné le Prix Carmignac du photojournalisme. Mais cette chance extraordinaire allait de pair avec de grandes responsabilités et de grands risques : une responsabilité envers le peuple zimbabwéen dont il fallait raconter l’histoire, et le risque pour ma propre vie. Cette fois-ci, il faudra que je pénètre plus loin et plus profondément que jamais dans le pays pour enfin raconter son histoire et toutes les souffrances endurées par son peuple. »

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Jury

  • Susan Meiselas présidente du jury, présidente de la Fondation Magnum à New York
  • Massimo Berruti photographe documentaire, lauréat du Prix Carmignac Gestion du photojournalisme 2010
  • Sophie Bouillon journaliste, Prix Albert Londres 2009
  • Christian Caujolle journaliste, commissaire d’exposition et fondateur de l’agence et de la galerie VU’
  • Philippe Guionie photographe documentaire, Prix Roger Pic 2008
  • Françoise Huguier photographe, commissaire de Photoquai 2011
  • Yacouba Konaté professeur à l’Université d’Abidjan et critique d’art
  • Alessandra Mauro directrice artistique du Centre International de la photographie à Milan
  • Patrick de Saint Exupéry rédacteur en chef de la revue XXI

Publication

Robin Hammond, Poster de Mugabe, Zimbabwe, 2011 ∏ Robin Hammond-NOOR pour la Fondation Carmignac
Zimbabwe, your wounds will be named silence,
Robin Hammond

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