Lizzie Sadin

Le Piège : Esclavage et Traite des Femmes au Népal

8ème édition

Prix Carmignac du photojournalisme

Suite à l’appel à candidature lancé en juillet 2016, le jury, présidé par Monique Villa, a choisi de donner la voix aux femmes népalaises en sélectionnant le projet de Lizzie Sadin. Après de reportage sur le terrain, de février à mai 2017, la photojournaliste a ramené un témoignage bouleversant sur un trafic humain basé sur le genre, et intégré dans la société népalaise.

En 2015, un tremblement de terre de magnitude 7,8 sur l’échelle de Richter secoue le Népal. Il tue 9 000 personnes et oblige 650 000 autres à se déplacer. Piégé par l’instabilité politique, l’extrême précarité – un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté – et la défaillance du système éducatif, le pays peine à se relever et doit faire face à un nouveau phénomène massif : le trafic d’êtres humains.

Ce trafic touche principalement les femmes, fragilisées par l’influence encore très forte des traditions culturelles qui les maintient dans un statut d’êtres inférieurs, voire les considère comme des biens. C’est ainsi que 20 000 jeunes filles sont exploitées dans l’industrie du « loisir » à Katmandou et que plus de 300 000 occupent des « emplois » de domestiques à l’étranger.

En trois mois de reportage, de février à mai 2017, Lizzie Sadin a ramené pour le Prix Carmignac du photojournalisme le témoignage poignant de ces femmes et de ces jeunes filles dupées par des agents, des « amis » ou même des membres de leur propre famille vendant l’espoir d’une vie meilleure ou, tout simplement, cédées contre de l’argent par l’un de leur proche.

Grâce à cette investigation, les images uniques de Lizzie Sadin sortent du silence un trafic basé sur le genre et dont la pratique est, plus que jamais aujourd’hui, intégrée à la société népalaise.

Rita, 17 ans, Chabahil, quartier nord de Katmandou, avril 2017© Lizzie Sadin pour la Fondation Carmignac
Birgunj, district de Hetuda, mai 2017 © Lizzie Sadin pour la Fondation Carmignac

La Lauréate

Née en France, Lizzie Sadin dédie les dix premières années de sa carrière au milieu socio éducatif. Successivement éducatrice, animatrice et formatrice auprès d’adultes, ouvriers en reconversion, ou jeunes en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme, elle se forge un regard singulier sur le monde qui l’entoure.

Inspirée par les clichés des photographes humanistes comme Sebastiao Salgado, Eugène Smith, Dorothea Lange ou Walker Evans, elle décide en 1992 de se consacrer à la photographie pour témoigner à son tour de ce qu’elle a trop vu être ignoré. Elle rejoint en 1994 l’agence Rapho de Robert Doisneau et se consacre à des reportages de fond sur les Droits Humains.

Ce domaine de prédilection centré sur l’humain, la pousse à aborder des sujets divers, des zones de conflits en Israël puis au Kosovo, aux enjeux climatiques en Amazonie puis en Silésie, en passant par l’immigration clandestine en Europe. La traite des femmes prend une place majeure dans sa démarche à partir de 2004, année durant laquelle elle réalise un reportage sur les mariages précoces des petites filles en Ethiopie. Puis respectivement en 2007 et 2009, elle s’intéresse à la condition des femmes en Moldavie et au tourisme sexuel, mais aussi à l’exploitation des mineures à Madagascar et la traite des femmes en Israël «Terre Promise, Femmes promises …» dans le cadre du Prix Boulat. Lizzie Sadin a consacré plusieurs années de travail aux conditions de détention des enfants dans le monde. « Mineurs en peine » est récompensé par le Visa d’Or.

Lizzie Sadin © Corinne Bourbotte

Ce sujet est assez méconnu à l’étranger, mais également au Népal et particulièrement par les femmes népalaises. Derrière les images alléchantes de temples hindous ou de treks dans les sommets himalayens se cache une tout autre réalité.

Lizzie sadin
Ashika, 23 ans, Cabin restaurant, Usha Bar, Kalanki, quartier de Katmandou, mars 2017

Le piège

L’histoire commence souvent de la même façon: un inconnu, un ami, ou, plus souvent qu’on ne l’imagine, un oncle ou un cousin, fait la promesse d’une vie meilleure à une jeune Népalaise. Arborant vêtements ou bijoux onéreux, celui-ci assure qu’un emploi permettant à toute la famille de subsister ainsi que de nouvelles opportunités l’attendent à Katmandou, la capitale, en Inde, en Malaisie ou au Koweït.

Rita eut cette conversation à l’âge de 16 ans. Vivant alors dans la pauvreté à Jappa, village situé dans l’est du Népal, on lui promit une vie meilleure en Inde, à quelques kilomètres de là. C’est ainsi que le piège se referma doucement sur elle. Après avoir franchi la frontière avec son « ami », Rita fut confiée à un homme qui la força à se prostituer auprès de quinze à vingt hommes par jour, comme le furent de nombreuses filles et femmes enfermées dans le même bâtiment.

Au Népal, ces histoires ne sont que trop familières. Le pays reste l’un des États les plus pauvres d’Asie du Sud, avec un quart de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. La situation économique s’est aggravée en 2015 après le séisme de magnitude 7.8 qui a frappé le Népal. Neuf mille personnes périrent et 650 000 durent fuir leur foyer. 

 

Pour de nombreuses familles, trouver n’importe quel emploi devint une nécessité absolue et pour les trafiquants ce fut une aubaine. C’est là que le piège soigneusement préparé se referme sur les jeunes femmes.

Katmandou compte 20 000 travailleuses du sexe qui vendent leurs services dans les cabin restaurants, les dance bars et les salons de massage. Entre 5 000 et 10 000 femmes sont vendues chaque année du Népal à l’Inde, rejoignant ainsi des centaines de milliers d’autres qui ont été vendues ou qui ont choisi d’émigrer pour trouver du travail à l’étranger. 

Les abus prennent de nombreuses formes, de l’esclavage aux sévices physiques et sexuels. 

Selon l’organisation non gouvernementale Maiti Nepal qui a récemment effectué un sondage auprès de travailleuses népalaises de retour du Golfe, 67 % d’entre elles souffrent de graves problèmes de santé ainsi que de séquelles psychologiques. Bien que toutes les Népalaises ne subissent pas le sort de Nilan, nombreuses sont celles qui restent marquées par la servitude forcée. 

 

Olivier laurent
Thamel, quartier central de Katmandou
© Lizzie Sadin pour la Fondation Carmignac

Le jury

Monique Villa Directrice Générale de la Fondation Thomson Reuters et
Fondatrice de Trust Women

Elizabeth Avedon Commissaire indépendante, spécialiste en photographie

Francesca Fabiani projets spéciaux photographie, Département de l’Art Contemporain et de l’Architecture, Ministère de la Culture, Italie

Thierry Grillet, Directeur à la Diffusion culturelle de la Bibliothèque nationale de France (BNF)

Olivier Laurent, Photo Editor au Washington Post

Élisabeth Quin, Journaliste et écrivain – Présentatrice de 28 Minutes sur Arte

Narciso Contreras, Lauréat de la 7ème édition du Prix Carmignac du Photojournalisme

King Road Street, quartier central de Kathmandou, avril 2017
© Lizzie Sadin pour la Fondation Carmignac

Expositions

Evénement terminé

Hôtel de l’Industrie, Paris

2 Rue Gustave Goublier, 75010 Paris
Eventement terminé

Saatchi Gallery, Londres

Duke of York’s HQ, King’s Rd, Chelsea, London SW3 4RY

Monographie

Le Piège : trafic de femmes au Népal

Coédité par : Skira/ Fondation Carmignac
Date de publication : novembre 2017
Format: 24 × 28 cm, 111 pages
Contributeurs : Olivier Laurent, Lizzie Sadin
Prix : 35 euros, 45 USD, 58 CAD, 35 GBP

TT “Lizzie Sadin, lauréate du prix Carmignac du photojournalisme, a réalisé un remarquable reportage sur le trafic humain au Népal. […] Pas à pas, elle suit les associations qui viennent en aide aux jeunes filles. Elle s’introduit dans les coulisses des boîtes de nuit glauques, l’appareil photo sous le manteau. Placée souvent au plus près de son sujet, elle laisse transpirer la violence et la misère. Un travail au long cours, sérieux, généreux, bouleversant.”

“Pour son reportage de quatre mois au Népal, la française Lizzie Sadin a obtenu le prix du photojournalisme décerné par la Fondation Carmignac. Témoignage bouleversant sur le trafic humain des femmes et jeunes filles népalaises, ce travail photographique montre comment le tremblement de terre (9 000 morts) a jetée cette population fragilisée par le chômage et la précarité dans l’esclavage.”

Autres lauréats

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