Kai Wiedenhöfer

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Kai Wiedenhöfer

Reservoir d’eau detruit, Gaza – One year after the 2009 war, 2010 © Kaï Wiedenhofer pour la Fondation Carmignac

Kai Wiedenhöfer

Mona Al-Asqar, 19 ans, Gaza – One year after the 2009 war,2010 © Kaï Wiedenhofer pour la Fondation Carmignac

En juin 2007, quand le Hamas a pris les pleins pouvoirs dans la bande de Gaza, Israël a fermé les frontières et déclaré la bande de Gaza « entité hostile ». Depuis, le nombre de camions entrant sur le territoire a baissé de 80 %. Certains biens n’arrivent tout simplement pas sur place. Depuis le 2 novembre 2008 par exemple, il n’y a pas d’essence qui soit entrée à destination de la population sur le territoire de Gaza et seulement 67 % du diesel nécessaire pour les usines électriques est arrivé. A cause du manque de pièces détachées et de carburant, le système d’égout ne fonctionne plus. Résultat, les mares d’eau d’égout puantes s’agrandissent. Chaque jour, environ l’équivalent de vingt-huit piscines olympiques sont pompées dans la Méditerranée mais ne peuvent pas être traitées.

Les Palestiniens de la bande de Gaza sont coupés du monde par les Israéliens. Le chômage a augmenté de 44 %. Sur trois-mille neuf-cent entreprises, seules quatre-vingt dix sont encore en activité à cause du blocus. 70 % de la population vit avec un dollar par jour. La pauvreté se traduit par une mauvaise alimentation qui affecte la santé des gazaouis.

Kai Wiedenhöfer – The Book of destruction

L’ objectif de ce projet est de mettre l’accent sur la violation patente de l’article 33 (châtiment collectif) et de l’article 55 (sécurisation de l’alimentation/fournitures médicales) de la quatrième Convention de Genève par les Israéliens, avec la complicité presque totale de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Plus le blocus durera, plus l’extrémisme se renforcera.

Comme j’ai déjà travaillé deux ans de ma vie à Gaza et connais très bien l’endroit, je veux travailler sur un concept visuel précis afin de produire le livre et l’exposition que le Prix Carmignac du photojournalisme souhaite présenter par la suite. Mes trois sujets principaux sont :

1. Les démolitions
• A travers des photographies de paysages en couleur, je souhaite montrer à quoi Gaza ressemble après l’attaque du tournant de l’année (je joins neuf photographies que j’ai prises à Gaza durant deux jours de janvier cette année afin d’illustrer grossièrement cette idée).
• La population vivant toujours dans les ruines ou dans les six camps de tentes, comme Mohammed Attar dans le camp d’Al-Rayan. Il a décoré sa tente avec des meubles en carrelage et des rideaux qu’il a sauvés de sa maison détruite tout près.

2. Le siège: la vie quotidienne des gens aux prises avec le blocus
Par exemple :
• les files d’attente devant les magasins d’alimentation de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees, programme des Nations Unies de secours et de travail des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens) et le Programme Alimentaire Mondial;
• la pollution : les eaux puantes des bassins de décantation attendant d’être traitées. Récemment, cinq hommes se sont noyés lorsque les parois d’un bassin de décantation se sont rompues;
• le traitement de Palestiniens psychologiquement instables, en particulier des enfants, ayant souffert à cause du siège;
• la construction des tunnels à Rafah, qui maintient la bande de Gaza en vie;
• l’eau : en 1990, quand je suis allé à Gaza pour la première fois, l’eau du robinet était potable. Aujourd’hui, les Gazaouis font la queue à certains puits pour remplir des jerricanes et avoir de l’eau potable. L’attaque de 2008- 2009 a aussi détruit le réseau d’alimentation en eau : 40 000 maisons sont encore sans eau courante.
• le mur et les systèmes de clôtures autour du territoire qui ont été lourdement renforcés ces deux dernières années. Ce qui constitue, visuellement, le meilleur symbole du siège;

• le 1er janvier 2010 a eu lieu une tentative massive de rompre le siège.

3. les vestiges des colonies israéliennes
À l’été 2005, j’avais photographié environ 50 panoramas des colonies israéliennes pendant le retrait de l’armée israélienne et des colons de la bande de Gaza. L’idée en arrière-plan de ces images est de revenir et de les re-photographier avec exactement le même angle pour rendre visible l’absence physique des Israéliens sur le territoire. Deux photographies seront présentées, par paire, avant et après. Par ce biais, je souhaite régler un problème visuel majeur : durant les deux dernières décennies, j’ai été témoin d’une séparation presque totale entre deux peuples. Bien que physiquement les Israéliens ne soient plus présents, ils déterminent presque totalement la vie des Palestiniens.

Je ne veux pas refaire le travail que j’ai déjà fait à Gaza et, donc, je resterai à l’écart des clichés habituels et des photographies associées à ce territoire comme, par exemple, les enterrements avec combattants masqués et armés. Je veux m’occuper de la vie des gens ordinaires. Le fait de parler couramment arabe me donne un excellent accès aux Palestiniens. D’une manière générale, le réseau de contacts que j’ai bâti depuis dix-neuf ans en travaillant dans les territoires occupés et ma connaissance des lieux rendent facile pour moi de travailler là-bas.

Regardez la vidéo de l’exposition Kai Wiendenhöfer – The Book of Destruction, au Musée de l’Art Moderne de la ville de Paris, 2010 https://www.youtube.com/watch?v=YL2thynLnIA

Visiter le site du photographe http://kaiwiedenhoefer.com/

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Jury

  • William Klein président du jury, photographe, réalisateur et artiste
  • Christian Caujolle, journaliste, commissaire d’exposition et fondateur de l’agence et de la galerie VU
  • Guillaume Herbaut photographe et membre fondateur de l’agence Œil Public
  • Fabrice Hergott directeur du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
  • Jean-Luc Marty directeur de la rédaction de Géo Magazine
  • Alain Mingam photojournaliste, commissaire d’exposition et agent
  • Vivienne Walt correspondante du Time Magazine

Autres Laureats

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