Finbarr O’Reilly

Congo in Conversation

11ème édition

Prix Carmignac du photojournalisme

Le 11ème Prix Carmignac du photojournalisme — consacré à la République démocratique du Congo (RDC) — a été attribué au photographe canadien et britannique Finbarr O’Reilly.

Son reportage a débuté en janvier 2020, avant l’irruption de la pandémie de coronavirus et le confinement de la planète. En raison de l’aggravation de la situation sanitaire et de la fermeture des frontières, un fonctionnement différent s’est imposé.  Finbarr O’Reilly et l’équipe du Prix – en lien étroit avec le jury de la 11ème édition – ont repensé les contours de ce travail face à la crise.

La Fondation Carmignac a ainsi l’honneur de présenter « Congo in Conversation », un reportage collaboratif, réalisé avec la contribution de journalistes et photographes locaux, qui documente les défis humains, sociaux et écologiques que le Congo affronte au temps du Covid-19.

Basé sur un site Internet créé pour l’occasion et relayé sur les réseaux sociaux, Congo in Conversation est un flux continu et inédit d’écrits, de reportages photos et de vidéos, que les visiteurs peuvent consulter par thèmes et par contributeurs.

Avec « Congo In Conversation » le Prix Carmignac offre à ces voix congolaises une tribune pour contribuer à la conversation mondiale, témoigner en commun de la situation sur le territoire de cet immense pays, et sensibiliser les opinions publiques.

Le lauréat

Finbarr O’Reilly, photographe indépendant et journaliste multimédia, est l’auteur d’un récit de souvenirs paru chez Penguin Random House en 2017, Shooting Ghosts, A U.S. Marine, a Combat Photographer, and Their Journey Back from War (La chasse aux fantômes, retour du front d’un Marine et d’un photographe de guerre).

Choisi pour réaliser les images de l’exposition «Crossroads Ethiopia» autour du prix Nobel de la paix 2019 Abiy Ahmed Ali, il est fréquemment publié dans le New York Times et son travail lui a valu de nombreuses récompenses, dont le premier prix dans la catégorie Portraits au World Press Photo Awards en 2019. Il a également été lauréat du World Press Photo of the Year en 2006 . Finbarr O’Reilly a vécu douze ans en Afrique occidentale et centrale et couvert vingt ans de conflits en République démocratique du Congo, au Tchad, au Soudan, en Afghanistan, en Libye et à Gaza.

Titulaire de bourses des universités de Harvard, Yale et Columbia, il est administrateur d’ACOS Alliance, regroupement d’organisations de presse dédié à la protection des journalistes indépendants et locaux dans le monde. Il retourne régulièrement en RDC et au Rwanda, où il a habité entre 2001 et 2004.

Finbarr O'Reilly © Giles Duley

En 2019, il a passé des mois à documenter de l’intérieur la deuxième plus grande épidémie d’Ebola et à réaliser Ebola in Congo pour la chaîne PBS. Le documentaire montre des agents de santé risquant leur vie pour combattre le virus dans une région dévastée par des décennies de conflits.

Finbarr O’Reilly, installé à Dublin, est l’un des grands témoins de Under Fire: Journalists in Combat (Sous le feu : des journalistes au combat), documentaire sur les dommages psychologiques du reportage de guerre, sélectionné pour les Oscars 2012 et lauréat d’un Peabody Award en 2013.

2019
© Finbarr O’Reilly pour la Fondation Carmignac
Rutshuru, Nord Kivu, février 2020
© Finbarr O’Reilly pour la Fondation Carmignac

La République démocratique du Congo

Deuxième pays le plus vaste et quatrième pays le plus peuplé d’Afrique — et première nation francophone —, la République démocratique du Congo, qui se nomma Zaïre entre 1971 et 1997 et qu’on appelle aujourd’hui RDC, Congo-Kinshasa ou RD Congo, déroule depuis son indépendance en 1960, et bien longtemps après que le roi des Belges Léopold II s’en est approprié le territoire, une histoire sombre et convulsive : assassinat de Patrice Lumumba, prise du pouvoir sanglante de Mobutu Sese Seko, dictature corrompue, inepte et interminable de « Papa Maréchal », état de guerre quasi permanent entre 1996 et 2005 (plus de 5 millions de morts), guérillas, rébellions et banditismes divers depuis lors, essentiellement au nord et au nord-est.

Le tout sur fond d’immense pauvreté générale et d’accaparement, le plus souvent illégal, de terres et de ressources tout aussi immenses : en 2018, la RDC a été classée 176e pays sur 200 par l’indice de développement humain du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement).

Mais depuis l’élection en décembre 2018 de Félix Tshisekedi à la présidence, première alternance démocratique de l’histoire de la république, un espoir se fait jour, à Kinshasa comme dans le reste du monde : celui d’une stabilité politique et sécuritaire réelle, d’une préservation et d’un contrôle efficaces des ressources naturelles et minières, d’une reconstruction équitable de l’économie, des infrastructures et du système de santé. 

Les tâches, à peine amorcées, sont aux dimensions du pays et du fleuve : alors que le Congo détient plus de 50 % des réserves d’eau africaines, seulement 30 % de sa population a un accès direct à l’eau potable et 8 % à l’électricité ; sur ses 58 000 km de route, 3 126 seulement étaient bitumés en 2018 ; la malnutrition et les maladies endémiques comme paludisme, sida ou Ebola (qui vient de faire 2 000 victimes) y sont plus meurtrières que les violences, tout aussi endémiques, qui frappent les villageois dans les champs, les gardes dans les réserves naturelles, et les femmes en tous lieux.

Une autre tâche s’impose, non moins capitale : libérer et améliorer l’information. Alors que la RDC compte au moins 450 radios (le principal média), autant de publications (au tirage très faible) et 135 chaînes de télévision (la plupart de divertissement), moins de 5 % des 95 millions de Congolais ont accès à Internet et le Congo n’occupe que le 150e rang dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. 

Mais à Kinshasa comme dans les autres grandes villes, des journalistes, des écrivains, des correspondants locaux, des photoreporters et des vidéoreporters font leur travail du mieux possible, dans des conditions d’indépendance et de sécurité terriblement précaires.

La pandémie de Covid-19, qui a fermé les frontières, immobilisé les populations et porté un coup terrible à une économie massivement parallèle, donne donc à la Fondation Carmignac l’occasion de partager ces voix et ces images, venues d’un magnifique pays comblé de malheurs mais aussi de richesses et d’espoirs, et dont les deux tiers des habitants ont moins de 20 ans.

0
rang dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF
0 ème
pays le plus vaste d'Afrique, 1ère nation francophone
1
PLACE, SUR 200,

Le jury

Simon Baker directeur de la Maison européenne
de la photographie (MEP)

Maryline Baumard rédactrice en chef du Monde Afrique

Comfort Ero directrice Afrique de Crisis Group

Meaghan Looram directrice de la photographie du New York Times

Julienne Lusenge présidente du SOFEPADI et Directrice du Fonds pour les femmes congolaises (FFC) 

Fiona Shields directrice de la photographie du Guardian

Tommaso Protti lauréat de la 10e édition du Prix Carmignac du photojournalisme

Autres lauréats

Finbarr O’Reilly