Davide Monteleone

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Elistandzhi, RÇpublique de TchÇtchenie, Russie, mars 2013 Davide Monteleone pour laFondation Carmignac

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Shatoy, RÇpublique de TchÇtchenie, Russie, mars 2013 Davide Monteleone pour la Fondation Carmignac.2

La Tchétchénie souffre d’une image négative dans le monde entier depuis au moins dix ans : symbole, non seulement, de la guerre dans sa forme la plus violente, de la férocité humaine, de l’apocalypse sur Terre, mais aussi de la fierté indépendantiste et de la rébellion contre Moscou. Les grands auteurs de la littérature russe, de Pouchkine à Tolstoï en passant par Lermontov, ont dépeint le peuple tchétchène comme l’un des plus fiers et indomptables de la planète, fier de ses origines, de ses particularités et de ses traditions, attaché à ses racines et à son passé précolonial, déterminé à les préserver, quel qu’en soit le prix.

Davide Monteleone – Spasibo

La Tchétchénie est aujourd’hui une république autonome de la Fédération de Russie. Davide Monteleone s’est rendu pour la première fois en Tchétchénie à l’occasion d’un court reportage en 2003, puis à nouveau en 2007. Il a pu se rendre compte à quel point le pays avait changé au cours de ces années : grâce aux milliards investis par Moscou dans la reconstruction, des gratte-ciel, des parcs et des jardins, de nouveaux lieux de pouvoir sont sortis de terre, les exilés sont progressivement rentrés chez eux, mais pas tous.

Soumise et pacifiée par la force, la Tchétchénie se voit conférer le statut de vainqueur dans l’iconographie et les discours officiels des hauts responsables russes, érigée en modèle de vertu et en exemple pour les républiques voisines du Caucase. La démocratie a été abolie, l’opposition a été muselée, toute contestation rendue vaine, le développement social paralysé, pour ne pas dire, revenu au temps du Moyen Âge. Pour ce dernier projet réalisé entre janvier et avril 2013, Davide Monteleone a souhaité y retourner afin d’enquêter sur la vision actuelle de l’identité tchétchène. Il a voulu avant tout savoir qui, de la Tchétchénie ou de la Russie, était sorti vainqueur du conflit. La réponse est sans appel, la Russie. Mais si l’on regarde les choses sous un autre angle, il se peut bien qu’il en soit autrement.

L’indépendance à laquelle aspirait le pays n’a pas été obtenue, mais la Tchétchénie bénéficie aujourd’hui d’une autonomie vis-à-vis de Moscou, ce qui est impensable pour les autres républiques de la région et même de la fédération. Ramzan Kadyrov, protégé de Poutine, fils d’Akhmad, leader religieux et politique assassiné en 2003, exerce un pouvoir absolu et dispose de moyens et d’appuis auprès de Moscou quasi illimités. Il dirige la petite république comme le ferait un seigneur sur son fief, en reconstruisant et en remodelant non seulement les infrastructures, un temps détruites, mais surtout les mentalités et l’identité de la population.

En Tchétchénie, on parle le tchétchène, un temps proscrit, on ne pratique que les danses traditionnelles, les Russes, les orthodoxes sont peu nombreux et confinés dans quelques bases militaires et dans la région située au nord de Terek. L’islam, l’autre grand casus belli, est aujourd’hui promu à grand renfort de propagande. En menant à bien l’islamisation fantasmée par les rebelles, le pouvoir actuel a remis l’islam au goût du jour : un savant mélange de fanatisme et de misogynie, de mystique soufie et de tradition médiévale, d’orientalisme et de localisme. La société est placée sous étroite surveillance, l’alcool est interdit et la polygamie encouragée, en totale contradiction avec la loi russe.

Le pétrole est resté en revanche aux mains des Russes. La Tchétchénie touche quelques royalties pour l’extraction, mais elle fait partie des républiques de la fédération de Russie qui reçoivent le plus d’aides de la part de Moscou.

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Jury

  • Galia Ackerman présidente du jury, journaliste, écrivain et traductrice de l’oeuvre d’Anna Politkovskaïa
  • Daphne Anglès picture editor au New York Times
  • Mari Bastashevski photojournaliste
  • Christian Caujolle journaliste, commissaire d’exposition et fondateur de l’agence et de la galerie VU’
  • Elena Chernyschova photographe russe
  • Marielle Eudes directrice de la rédaction de l’AFP
  • Robin Hammond photographe documentaire, lauréat du Prix Carmignac Gestion du photojournalisme 2011
  • Walter Keller directeur de la galerie de photographies éponyme à Zurich
  • Olivier Laurent rédacteur online du British Journal of Photography
  • Natalie Nougayrède directrice du journal Le Monde.

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